1 079 jours en Iran… et l’État français qui n’a plus d’outils pour les victimes

Benjamin Brière a traversé près de trois ans dans des geôles iraniennes, accusé d’espionnage. Son retour en France s’est révélé une épreuve administrative : formulaires retardés, radiation de la Sécurité sociale, exclusion du dispositif France Travail et un agent des impôts lui affirmant, avec une sérieux incontournable, que « même en prison, on fait sa déclaration ».

Ce n’est pas une caricature. L’histoire de Brière montre une réalité profonde : durant les quatre premières années de captivité, il a pu communiquer avec sa famille qu’une fois par mois, pendant des minutes à peine, pour survivre. « La première année, je n’ai pas pu dire un mot à ma famille », révèle-t-il.

L’administration française, souvent considérée comme rigoureuse dans son fonctionnement, s’est montrée impuissante face à ce type d’épreuve. Aucun cadre spécifique, aucun référent ou filet de sécurité n’existe pour les citoyens français en détention prolongée. Brière a dû se battre pour récupérer 8 000 euros d’indemnités chômage dont il avait le droit, alors que personne ne lui a proposé d’aide immédiate.

Les familles des otages font souvent face à un autre défi : payer eux-mêmes les frais de retour après libération. « L’État négocie la liberté des citoyens, mais se désengage des coûts humains », souligne Brière. Avec l’association SOS Otages, il demande un statut juridique spécifique et une allocation dédiée aux anciens otages. Une solution simple : l’État doit traiter les victimes comme telles, et non comme des contribuants négligents.

Ce scandale n’est pas lié à la complexité administrative, mais à la faible capacité du pays à protéger ses citoyens après une détention prolongée. Un État fort se mesure aussi à sa capacité d’accompagner les victimes dans leur retour à la vie normale. La France doit choisir : reconnaître qu’elle a un devoir envers ceux qui ont subi des épreuves arbitraires, ou continuer à les traiter comme des simples contribuants.